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La Chauve-Souris (et le Comité Liège-Tarnac) ont squatté le Jardin du Paradoxe jeudi 19 février

samedi 21 février 2009

Comme chaque année à Liège, en février, le Festival de Théâtre propose à l’association "D’une Certaine Gaîté" d’animer les afters-spectacles dans l’ancienne caserne Fonck. Ce jeudi, D’une Certaine Gaîté (journal C4, ex-Cirque Divers) avait audacieusement sous-traité l’espace au Centre social La Chauve-Souris. Thème de la soirée : "Nous ne paierons pas vos crises". Slogan : "Le Gouvernement nous pisse dessus et les médias nous disent qu’il pleut !".

C’est vers 22h50 que fut lancée la soirée "Nous ne paierons pas vos crises", devant deux à trois cents personnes réunies au bar de l’ancienne caserne Fonck. L’énorme majorité des gens est venue pour boire un pot après avoir assisté à l’un des trois spectacles programmés simultanément ce soir-là dans le cadre du Festival de Théâtre de Liège. Inutile donc de préciser que gagner l’attention et l’intérêt de ce beau-monde au programme que leur avait concocté le squatt La Chauve-Souris n’allait pas être une synécure.

Lancement des hostilités avec un court métrage retraçant l’ouverture du centre social et la confrontation le premier soir aux proprios et à la police. Le son est mauvais car le technicien en charge du lieu ne dispose pas des câbles qu’il faut, l’image se voit mal car il fait trop clair dans la salle, le public reste donc très dissipé. Et puis , alors que se déploie sur la scène un calicot "suspect=coupable", c’est à nous, quatre membres du Comité Liège-Tarnac (dont deux activistes de la Brigade liégeoise des clowns pas venus du tout ce soir-là pour faire...les clowns) de nous dispatcher discrètement dans la salle, sans micro, pour entamer a capella une lecture simultanée de quatre lettres "de l’intérieur". La salle est grande et le public loin d’être disposé a priori à ingurgiter ce qu’on a pourtant bien l’intention de lui faire entendre. Et ça marche, le silence s’installe rapidement malgré l’absence dans la salle du noir absolu que nous avions demandé histoire de faciliter la réception de cette lecture difficile, l’intimité d’un rapport entre chaque lecteur et la partie du public qui lui est le plus proche (mais pas question de fermer le bar, ne fusse que 5 minutes...Culture marchandise de m...!).

Les lettres sont balancées, celle de Wahoub qui raconte le cauchemar de son arrestation (http://tarnac4000.collectifs.net/ec...), celle de Farid qui décrit comment se fabriquent des "terroristes » pour étouffer par la Terreur toute contestation libre(http://nantes.indymedia.org/article...), celle d’Isa qui décrit notamment la prison glacée de Lille-Séquedin et termine sur un appel aux luttes dans les prisons (http://nantes.indymedia.org/article...) et enfin celle de Bruno qui décrit l’enfer de la mise sous contrôle judiciaire et explique pourquoi il s’est du coup fait la malle :"J ’ai eu, pendant le mois où je suis resté en contrôle judiciaire, la désagréable sensation d’être en dehors de tout espace de luttes, d’assister à ma propre mort en tant que sujet politique...Voilà, je me suis senti dépossédé du comment je choisis de me battre avec l’existant, je me suis senti dépossédé du comment je lutte pour une transformation radicale des espaces où nous vivons, et contre la médiation capitaliste de nos vies". (http://nantes.indymedia.org/article...). C’est par la fin de cette lettre que se clôturait notre intervention ; dans les applaudissements, on entendit une voix clamer : "De la clandestinité, feu aux prisons, feu au capitalisme !".

Suivra une petite heure de présentation de vidéos (blocage des expulsions au Centre de Rétention de Vottem pendant 24h, actions "aidez les banques, Madame, donnez- leur un sou-sou" devant la gare des Guillemins) et puis de lecture de textes sur "les crises", sur le forum social de Belem et sur l’Euromayday, avec ce beau texte d’Appel, cette Déclaration, magnifiquement lue par un membre cagoulé de la Chauve-Souris :

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Une partie du public n’en peut plus (on est évidemment loin d’être au coeur d’un nid de gauchistes, autonomistes, activistes, no globalistes, alternativistes) et y en a qui se prennent une évidente over-dose d’anti-capitalisme. Y a manifestement longtemps que certains n’ont plus entendu parler de cette manière et avec cette force, cette affirmation sûre d’elle-même, mais sans arrogance, de transformations sociales, de changement politique radical, de luttes pour d’autres mondes en devenir...

Il est près de minuit. Ouf. On est au bout, alors ils en boivent une de plus pour se remettre. Et pourtant à bien écouter, ce n’est pas fini : sous forme de rap et de slam, c’est la même énergie, la même détermination qui se prolonge, s’affiche et prend ce soir-là possession du moment et de l’espace culturels mondains de la capitale du pays mosan.

A une heure et demie du matin, certains sortent de l’ancienne caserne (!) groggys, se demandant sans doute dans quel autre monde ils ont été téléchargés ce soir-là, sans en avoir été prévenus. Gageons qu’il en restera quelque chose comme l’impression au fond de la gorge et du crâne que l’Histoire n’est donc pas finie...